Mercredi 9 mars, les salles de cinéma Les Élysées ont été associées au nom de trois femmes qui ont marqué le cinéma sous tous ses aspects : l’actrice Mireille Darc, la réalisatrice Agnès Varda et, sur le plan local, Lucette Bonnard-Sallé, qui a consacré 20 ans de sa vie à défendre le cinéma à Issoudun. 

André Laignel dévoile la plaque d’Agnès Varda

Lucette Bonnard-Sallé (1927-2001)
Exploitante de salles de cinéma

Rien ne prédisposait Lucette Bonnard-Sallé à passer les vingt dernières années de sa vie (de 1979 à 2001) à porter à bout de bras deux salles de cinéma « Le Paris » et « Le Berry ». Au nom de la famille, sa fille Cécile Sallé, architecte à Châteauroux, a dressé le portrait de cette « Madame Cinéma » d’Issoudun, lors de la cérémonie.

Lucette Bonnard est née en 1927, dix ans avant l’ouverture de la salle du cinéma Le Paris, autoproclamé à l’époque la plus belle salle du Berry. En 1948, elle se marie à René Sallé, pharmacien, avec qui elle aura huit enfants. Son père Aristide Bonnard avait acheté en 1937 une caméra Pathé. Agriculteur à Sainte-Lizaigne il avait arrêté l’école à 12 ans pour prendre en main la ferme familiale lors de la Première Guerre Mondiale. Sachant à peine écrire, il est pourtant devenu un grand entrepreneur. 

Après la Deuxième Guerre Mondiale, le propriétaire du cinéma Le Paris partant diriger le casino d’Aix-les-Bains, confie cette salle prestigieuse à René Bonnard et sa femme Hélène. Le couple gèrera par la suite jusqu’à quinze salles de cinémas dans tout le Berry.

En 1979, Lucette reprend l’exploitation des deux salles d’Issoudun. Elle est alors âgée de 52 ans, sans expérience dans le domaine du cinéma, seulement armée de son courage et épaulée par sa belle belle-sœur Bernadette Bonnard. Le Paris devenant vétuste, et la salle du Berry étant mieux placée, elle entreprend de gros travaux pour la transformer en deux salles, inaugurées en 1982 avec la projection de La Femme d’à Côté de François Truffaut avec Gérard Depardieu et Fanny Ardant.

En 1989, Le Paris a été racheté par la Ville d’Issoudun pour aménager la place des Droits de l’Homme lors de l’agrandissement de la mairie.

Lucette Bonnard-Sallé continue de moderniser Le Berry et investit dans le Dolby Stéréo, une innovation dont elle est très fière. Elle fait sa programmation seule, loin des influences des grands groupements et malgré les menaces et l’éternelle pression des banques. 

Sa fille Cécile, souligne son indéfectible courage pour monter les bobines tout en haut de l’étroit escalier en colimaçon, son partenariat avec « Connaissances du Monde », sa ténacité, sa façon bien à elle d’organiser les photos et les affiches dans les vitrines, son extraordinaire capacité d’accueil des clients, toujours dans le hall à la fin des séances pour sonder l’avis des spectateurs, mais aussi, ses retards incommensurables qui finissent par en faire une vedette. À Issoudun, tout le monde la connaissait. Mais tout doucement, les cinémas, ceux-là même qui lui ont permis de s’émanciper, provoquent sa perte. Elle y engloutit ses biens, y passe son temps. Le 30 mai 2001, après une avant-première à Paris, elle fait ses courses de confiseries. Au retour, sa Citroën percute la barre de péage de Saint-Arnoult, à cent à l’heure comme elle l’aura fait toute sa vie. À 74 ans, Lucette Sallé nous quitte, au milieu de ses fraises Tagada.

Fin 2001, la mairie d’Issoudun rachète le Berry et lance la construction des nouvelles salles des Élysées. Cette grande dame courageuse serait sûrement très fière que son nom soit aujourd’hui associé à une salle de cinéma d’Issoudun.

Alors que trop de villes en France n’ont plus de cinéma, à Issoudun c’est une histoire qui continue

La famille découvre la plaque portant le nom de Lucette Bonnard-Sallé

Mireille Darc (1938-2018)
Actrice et réalisatrice

Pourquoi Mireille Darc ? Parce que c’est une actrice populaire, dans le bon sens du terme, une actrice qui a joué la comédie mais aussi des rôles beaucoup plus complexes et qui a eu une très belle carrière. Elle a tourné pas moins de treize films avec Georges Lautner, joué avec tous les plus grands de cette époque, Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Pierre Richard…

Cette actrice, qui avait un talent d’une grande étendue, a également tourné avec Jean-Luc Godard. C’est moins connu, mais dans une deuxième partie de sa vie, elle a également réalisé des courts-métrages, des documentaires. Elle s’est aussi battue pour les femmes en difficulté et pour les droits des femmes. 

Agnès Varda (1928-2019)
Réalisatrice, photographe, plasticienne

Photographe d’abord, cinéaste ensuite, plasticienne enfin, Agnès Varda, s’est illustrée dans le cinéma de fiction et le documentaire. Jeune photographe, elle est repérée par Jean Vilar et devient photographe officielle du Théâtre National Populaire. Elle élargit ses horizons et tourne son premier film en 1954, La Pointe Courte, avec deux comédiens du TNP, Philippe Noiret et Sylvia Monfort. Sa longue carrière est jalonnée de grands films et de grands succès : Cléo de 5 à 7Sans toit ni loiLes Plages d’Agnès...

Agnès Varda, est aussi la femme dans le monde du cinéma, qui a obtenu le plus de récompenses. Elle reste encore aujourd’hui la seule réalisatrice à avoir reçu un Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre.

Agnès Varda, c’est un grand talent qui a chevauché à la fois le vingtième et le vingt-et-unième siècle et qui marque durablement l’histoire du cinéma.

Au dos des tickets de cinéma : les anciennes salles de cinéma d’Issoudun et les visages d’Agnès Varda et Mirielle Darc

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